Catégorie : Écriture

  • La pomme et la pinte

    La pomme et la pinte

    Hervé est un monsieur boutonné, jusqu’au collet de sa chemise carreautée pastel. Il dépose sa serviette en cuir sur un tabouret après une journée décevante de chômage involontaire.

    La serveuse lui tend sa pinte, il la remercie avec une anecdote scientifique. Elle est déjà en train d’entretenir les clients d’une autre table. Sans perdre le fil, Hervé pivote et termine son explication en regardant Luc qui lui regarde la serveuse. Elle vient de prendre un shooter à l’autre table.

    Dans la serviette d’Hervé, il ne reste qu’une pomme un peu poquée par les roulades de la journée. Cette pomme, il la mangera sur le chemin du retour en se demandant pourquoi le courant du temps ne sait pas comment le mettre à profit.

    Après ses deux pintes en cinq-à-sept, il salue avec regret Luc et les autres vieux d’un à-demain presque jovial. Son budget ne lui permet que ces deux pintes, du mardi au samedi.

    Manteau au dos et chapeau en haut, Hervé roule ses semelles sur les trottoirs qui le mèneront à son appartement et ses lectures de magazine scientifique. Demain, il recommencera : une pomme, deux sandwichs et dix curriculum vitae dans sa serviette pour prendre le 37 de 8 h 10 et trouver de nouvelles manières de se voir refusé.

    • Bonjour, Madame. Je me nomme Hervé Barriault et je suis attendu par Monsieur le Directeur pour un entretien, fit-il en sortant une chemise de sa serviette.

    La femme lui jeta un coup d’œil, peinée. Ce Hervé semblait fier et fiable, mais elle connaissait bien son directeur. La philosophie de la boite était de n’embaucher que des quasi-trentenaires qui s’entendraient bien avec ceux embauchés par ses clients.

    • Salutations, Monsieur Barriault. Gardez la porte ouverte s’il vous plait, on manque d’air dans ce bureau.

    L’entretien est courtois, mais expéditif. De retour à l’accueil, la dame s’empresse de lui tendre ses effets pour qu’il puisse rapidement poursuivre sa tournée.

    Au bar, il discute avec son ami Luc tandis qu’il fouille ses poches de manteaux à la recherche d’un mouchoir. Il en sort plutôt un bout de papier griffonné : « Rendez-vous au 170 rue Montcalm demain à 9 h ».

    À la table, les spéculations s’activent alors qu’ils cherchent le sens à donner à cette note et à cette adresse ; elle abritait jusqu’à récemment une microbrasserie muséale. De retour chez lui, ses magazines et loisirs ne suffisent pas à assouvir l’exploration de ses méninges.

    Après son déjeuner et sa toilette, il fourre sa serviette d’un seul CV et de sa plus belle pomme.

    En poussant la porte de l’immeuble de pierre, il patiente quelques instants pour s’accoutumer à l’obscurité des lieux. Une silhouette s’avance : la réceptionniste de la veille.

    Il devinait déjà que cette note manuscrite soignée provenait d’une femme comme elle, probablement de l’époque des cours classiques.

    • Bonjour Madame. Je vous remercie pour votre invitation. Je dois avouer que je suis perplexe. Y a-t-il un lien avec l’entreprise de votre patron, celui que j’ai rencontré hier ?

    Elle sourit légèrement.

    • Je me nomme Agathe. Et non, aucun lien. Ce n’est pas mon patron.

    Bien qu’intrigué par sa réponse, il observe cependant les décombres de l’ancienne brasserie. Une section protégée par de grandes toiles en vinyle transparent protège des outils variés.

    • Ce n’est pas mon patron. Du moins, pas de la manière que vous l’entendez. Il est le directeur, mais c’est moi la propriétaire. Hier, je n’étais à l’accueil que pour vérifier la comptabilité en vue de l’audit de fin d’année.

    Le visage d’Hervé s’empourpra et il tenta quelques variations expliquant qu’il n’est pas un homme d’un autre âge, d’une culture dépassée.

    • Je comprends votre malaise, mais cela ne change rien à la raison de votre présence ici, ajoute-t-elle avec douceur.

    Chaque fois qu’Aghate se rend aux bureaux, elle y réduit le réglage de ventilation au minimum. Une manœuvre anodine, mais qui force son directeur à garder la porte ouverte. Elle peut ainsi évaluer, en toute discrétion, la manière dont il gère l’entreprise et ce qu’il préfère taire.

    Hier, lors de l’entrevue d’embauche d’Hervé, elle fut frappée par son érudition et sa vive passion pour la vulgarisation scientifique.

    • Oh oui, confirme Hervé. Il ne semblait néanmoins pas comprendre l’importance des formations géologiques uniques sous le pont Champlain à Aylmer. Il s’agit d’un singulier phénomène causé par…
    • En effet, le coupe Agathe avec un sourire amusé. Je vous ai convoqué puisque vous avez aussi fait état de vos compétences en gestion administrative.

    Elle marque une pause avant de poursuivre :

    • Je dirige un groupe d’amis philanthropes qui a récemment acquis ce bâtiment. Autrefois, il abritait un écomusée, et notre objectif est de relancer cette vocation. D’ici un an, nous ouvrirons de nouveau nos portes aux passionnés des sciences de la Terre et de la préhistoire.

    Hervé retient son souffle.

    • Si vous acceptez d’aider à bâtir ce projet, vous commencerez dès la semaine prochaine. Nous verrons ensemble comment profiter de vos talents. Entre autres, pour le développement des expositions.

    Sa serviette tombe au sol. Il la ramasse maladroitement, cherchant ses mots. Cette dame n’offre pas par charité, mais par opportunisme. Il souhaite ce défi et s’y voit déjà affairé.

    • J’accepte, déclare-t-il finalement, la gorge nouée.

    Il serre dignement la main d’Agathe, retenant l’émotion d’un homme nouvellement accepté.

    Il a tant à faire maintenant. La pomme avant même le dîner. La douche avant l’apéro. Et, ce soir, pour célébrer cette prochaine vie, une troisième pinte.

  • L’embauche du chef

    L’embauche du chef

    Laissez-moi vous conter une histoire à morale. Les faits présentés sont possiblement véridiques et m’ont été communiqués à l’oral, avant les internets.

    Dans les années 1930, une économie informelle soutenait plusieurs pans de la communauté de Hull (aujourd’hui Gatineau). Pour permettre une certaine redistribution de la richesse, il était entendu entre les tenanciers de lieux informels et les autorités qu’un certain nombre de descentes auraient lieu à des moments précis. Des moments lors desquels peu de clients s’y trouvaient mais surtout, aucun notable. Les tenanciers payaient ensuite des amendes prévues. Ainsi, la ville de Hull diversifiait ses revenus au-delà des revenus fonciers.

    Dans les années 1930, toujours selon aucune source précise, la Ville de Hull avait besoin d’un nouveau chef de police. Les séances d’entrevue des candidats se sont déroulées dans un bar de la rue Eddy. Le panel d’entrevues était constitué de six tenanciers de bar. Les délibérations furent ardues, mais le choix de ces gens d’affaires s’arrêta sur la candidature d’Adrien Robert, monté depuis Montréal pour convoiter ce poste.

    Adrien Robert fut donc nommé chef de police de Hull. Une fois en poste, il réalisa des descentes sans préavis et fit de manière générale la vie dure à tous les entrepreneurs de l’économie informelle, dont ceux qui l’avaient interviewé. Devenu héro national, louangé de Gaspé à Val-d’Or, une rue porte maintenant le nom d’Adrien Robert. Tout juste à côté du casino.

    La morale de cette histoire est que, dans la saine gestion des ressources humaines, il est important lors des entrevues de dotation de s’assurer de l’adéquation des valeurs entre l’organisation et le candidat.

  • Les bernaches du temps

    Les bernaches du temps

    Il boude.

    Parce que le poste de télévision a enlevé sa série refuge. Parce qu’il n’a pas l’énergie de faire ce qu’il veut. Parce que le formidable orage annoncé menace de ne pas se pointer.

    Il boude devant un bouddha qui se bidonne. C’est un porte-bonheur inhabituel pour un tel homme qui ne laisse que peu au hasard. Un souvenir d’un voyage d’amis dans le quartier chinois qu’il conserve à mi-distance entre son moniteur d’ordinateur et son pot à stylos.

    « Bloupe ». Son téléphone cellulaire l’a notifié. Il aime les rares petits bloupes de son téléphone. En examinant son appareil, il se tanne de sa lenteur et se dit qu’un nouveau modèle s’imposera. Un nuage de déception assorti à son timbre terne lui revient : la notification n’est pas celle annonçant le message de son ami. « Pourquoi est-ce toujours moi qui prends des nouvelles ? ». Il reboude en se disant qu’il est mieux sans ami s’il en est ainsi.

    Il boudine et relie les feuilles de son esprit jusqu’à cet instant, quand sa bouche est mal orientée pour accueillir sa tasse de café. Ces secondes, quand la chaude infusion s’élance avec enthousiasme de la porcelaine à son pantalon.

    Ce banal petit malheur a cassé la cadence de sa grande bouderie. Tous s’en porteront pour le mieux, sauf le pantalon.

    « Michel, tu t’en vas où de même ? » lui lance nonchalamment son superviseur depuis la lumière diffuse de son bureau en coin.

    Michel lui indique qu’il va se changer à la maison. Depuis des années, Michel exhibe à tous ses collègues les photos de son condominium moderne à trois coins de rue du bureau. Pendant la longue période de télétravail, il était bien fier de varier les arrière-plans pour afficher son bon goût. Ses collègues discutaient souvent de Michel mais il ignorait que ce fut surtout pour se moquer de ses fortes manies hygiéniques et antibactériennes.

    En quittant le Secrétariat national des infrastructures juvéniles, Michel voit une vieille dame crier sa peine sous la fine pluie brumeuse.

    D’ordinaire dégoûté par les vielles personnes et les gens tristes, l’amateur de bloupes et de lingettes désinfectantes est interpellé par la dignité du désarroi de cette ancienne.

    « On a pris mon temps, lance-t-elle au fonctionnaire bloupiste. On l’a volé !

    — De quel temps s’agit-il, madame ? Le beau, le long, celui qui court ? Continue Michel qui se trouve de plus en plus drôle.

    — C’est celui de mon dernier mari. Vite vite, le bandit est parti par là. C’est le dernier souvenir que j’ai de lui. Il est décédé d’un infarctus il y a trois ans. Je ne suis plus mariée. Vite vite, il s’enfuit. Je l’ai tellement aimé, Papias. Un vrai bon vivant. Je vous en prie, ramenez-moi la montre de mon Papias »

    Elle pointe le portail de fer forgé jouxtant la grande bibliothèque. Le vilain voleur de valeurs s’est volatilisé dans la forêt urbaine. C’est digne de l’animal qu’il est, pense notre héros du jour en devenir.

    « Je ferai de mon mieux, madame. 

    — Je vous en remercie. Vous pourrez me retrouver ici. Je vous attendrai ici, OK » lui envoie la septuagénaire.

    En pénétrant le havre de feuillus, il sprinte le seul chemin qui mène à un grand parc pour enfants.

    Michel est distrait en apercevant des balançoires non conformes installées sur une surface peu amortissante. Il en note tous les détails dans son calepin, même le dessin de rivets grafignés qui seront à remplacer. La rédaction de ce constat d’infraction attendra son retour au bureau. « Ce n’est pas le plus beau des métiers que d’être inspecteur de balançoires, mais s’il ne le fait pas, qui le fera ? Surtout pas Huguette. Elle laisse tout passer. » Analyse Michel. Il sommera les responsables du parc de tout arracher.

    En rangeant son calepin, le champion des jeux sécuritaires voit un homme louche près de la structure de toile d’araignée. « Ça doit être le voleur ». Vêtu de jeans effilochés et d’une camisole surtout blanche, ce monsieur a aussi les dents croches. « Il n’y a que les voleurs et les pauvres qui ne prennent pas le temps de magasiner ni d’aller chez le dentiste », réfléchit Michel.

    Ce crotté est accroupi à côté d’une coquette de quatre ans.

    Michel, bien que vivement préoccupé, fait mine de rien. Il ralentit le tempo de sa démarche et de son souffle et prends le banc le plus près de l’araignée. La fin de sa course rime moins avec son arrivée à destination qu’avec sa piètre condition physique. Michel est d’une sophistication active, mais en matière de déplacements actifs, il est plutôt un matelot de matelas. Ce matelas, il est installé dans le salon devant l’écran de projecteur.

    « Fais-moi confiance, Mimine, ça va marcher, annonce l’intouchable à la petite brunette.

    — Je t’ai promis que cette montre-là, celle-là là, elle va aider Papi à vivre. Ça fait des semaines que je la cherche. Je l’ai reprise à la vieille sorcière. Elle l’avait volé à Papi le jour du début de ses troubles de santé.

    — Paaaa, pourquoi est-ce qu’une montre peut l’aider ? Tu m’as dit qu’il avait un problème de cœur.

    — C’est vrai qu’il a un bobo au cœur. Mais cette montre-là va lui donner le courage de sortir. Et de profiter des moments avec toi. Là, il se cache dans un sanctuaire où le temps n’existe pas. Ça le protège contre les bobos du cœur, mais son refuge lui suce la vie comme le font les moustiques. »

    Michel est vivement intéressé par la suite de cette histoire, bien plus que par son plan initial de récupérer ce bracelet fantastique. Il suit donc la petite famille en espérant pouvoir justifier de ne pas rendre le cadran-bijou à la vieille dame.

    La poursuite laxiste s’arrête quelques pas plus loin, lorsque l’enfant découvre une nouvelle installation à escalader. Assise au sommet, à la hauteur des épaules de son père, elle lui demande :

    « - Paaaa, pourquoi ça se peut que le temps peut ne pas exister ? C’est quoi exactement le temps ?

    — Oh… Le temps, c’est ce que tu vois. La différence entre un dessin et un film en dessin animé. C’est ce qui se passe. Le mouvement et l’usure qui naissent de la chimie et de la mécanique. C’est ce qui fait de toi une fille brillante qui peut ajouter une idée à une autre pour mieux apprendre et aimer. Le temps, c’est aussi ce qui te permet d’avoir un impact sur les autres et sur toi-même. Le temps disparaît quand on ne voit plus, quand il n’y a plus de mouvement, quand tu n’as plus d’idées.

    — Ah je comprends. Regarde tous les gros oiseaux dans le ciel ! »

    Après avoir grimpé sur tout ce qui se grimpe dans ce parc possiblement désuet, l’enfant gambade vers l’autre sortie de la forêt urbaine. Michel profite de l’avance de la fillette pour retrouver Paaaa. Celui-ci, habituellement peu intéressé par les étrangers en habits tachés de café, accueille tout de même celui qui le pourchasse.

    « Tu me suis depuis longtemps ? C’est l’autre qui t’envoie ? demanda calmement la camisole à l’habit.

     — Je ne vous cacherai pas que je suis là pour rendre la montre à la vieille dame, fit Michel, fier de se montrer stoïque.

    — Pas de trouble, je ne vous en empêcherai pas, lui répond le fils de Papi. Ma belle-mère peut attendre. Je veux savoir avant si ça fonctionne, si ça peut vraiment permettre à mon père de guérir.

    — De quoi souffre-t-il exactement ? Des séquelles d’une crise cardiaque ?

    — Non pas ça. Il souffre de se faire avoir. Il y a trois ans, il a eu un enjeu de santé et est resté dans le coma plusieurs semaines. Sa femme, pas ma mère là là, bien elle l’a quitté parce qu’elle ne voulait pas du rôle d’aidante naturelle.

    — C’est ordinaire ça, mais ça peut se comprendre. Il s’en est sorti apparemment.

    — Oui, oui. Je ne l’accuse pas. Non pas du tout. »

    Une feinte de bernache tombe sur le soulier verni de Michel. Il se raidit momentanément.

    « Désolé. Quand mon père s’est réveillé, il est tombé dans un piège en spirale. Ils lui ont greffé un cœur artificiel qui devait tenir pour un bon cinq ans. Un mois plus tard, je l’ai ramené à l’hôpital à cause d’un malaise. Finalement, on lui a remplacé le cœur par un nouveau modèle, un peu plus petit. Et ça a continué.

    — Continué ?

    — Trois semaines plus tard, encore un nouveau cœur et encore un peu plus petit. Et ensuite deux semaines pour encore un nouveau cœur, encore plus petit. Depuis, il se cache là où le temps n’existe pas. Il y est depuis des mois et son cœur tient bon.

    Michel, ne sachant que dire, porte sa main à l’épaule de Paaaa, tout en continuant la marche derrière la galopante Mimine.

    Quelques rues plus loin, la caravane piétonne s’arrête devant une taverne. La fille suit son père qui y entre.

    Bien que Michel ne sache à quoi s’attendre en absence de fenêtres, il se doute d’un inconfortable niveau de poussière. En y entrant, il n’y voit que des machines à sous et, effectivement, un gros besoin décrassage. Il y a assez de machines pour divertir un Dollarama plein de monde malgré que cette taverne semble vide. En plus des appareils à monnaie, il y aussi des craques : des murs fendus, des ampoules fissurées et des planches à fléchettes. La ruine de cet immeuble a commencé dès qu’on cessa de s’en préoccuper ce qui coïncida avec l’arrivée de ces machines à sous. Le voisinage a graduellement perdu son centre communautaire.

    “On ne respire ni mal ni bien. L’air et lourd et ne circule pas”, fait remarquer Michel à lui-même.

    Paaaa se rend à la seule machine nourrie par une âme. Rien n’y fait, aucune parole du jeune père ne réussit à atteindre la conscience du joueur de machine. C’est à ce moment que le nouveau venu s’approprie le pot à monnaie.

    “Assécher la chute à sa source, bien pensé !” intervient Michel sans y être invité. 

    L’âme assise tourne la tête et fixe son regard confus à celui plus lucide et déterminé de son fils. Après un moment, des sourires timides s’échangent et le Paaaa révèle la montre à son père. Le septuagénaire saisit tendrement l’artefact, aperçoit sa petite-fille, se lève malgré ses courbatures et se dirige vers la porte.

    Pris de panique, le tenancier s’approche nerveusement. Il invite tous à rester, se prendre une table. Ce à quoi, le refus partagé est prononcé et dehors, le groupe retrouve le ciel gris.

    Comme Papias souhaite s’asseoir dans le parc malgré le cumulonimbus en amont, le quatuor retrouve le chemin du retour. Tous comprennent que chaque pas sera un pas de moins pour l’aîné. Chaque tendresse partagée leur rappelle pour que le bonheur se dépense, il lui faut le grand air et les éléments. On ne peut pas protéger le temps, mettre en réserve la vie et la famille.

    Le passage d’une volée de bernaches offre à Michel la disruption nécessaire pour quitter Papias, Paaaa et Mimine et la montre revolée. Lors de son dernier coup d’œil aux générations du banc public, une faible lueur fumante émane de la montre et cajole leurs cous jusqu’au derrière de leurs oreilles. Sans se rendre compte qu’un filet de lueur s’attache à son soulier, Michel continue tranquillement son bonhomme de chemin à la fois comblé et heureux.

    En repassant lentement devant le parc désuet entouré de grands feuillus, Michel voit à présent des dizaines d’enfants s’amuser autour des différentes structures. Il s’assoit au sol pour regarder les enfants qui se courent après, qui se font des petites assemblées dans des cachettes et qui grimpent les glissades au lieu de les descendre. Michel décide alors de ne plus dédier ses journées à sanctionner les propriétaires de balançoires non conformes. Il le note dans son calepin. Dorénavant, il s’appliquera à les concevoir et les construire, ces balançoires.

    À son retour devant la vieille dame, il lui explique sereinement qu’il ne peut lui rendre “son temps qu’on lui a pris”. Par contre, il lui donne l’heure juste sur la vie préalablement suspendue de sa dernière flamme. Accompagnée de Michel, la dame s’assoit dans l’abribus. Quelques larmes de nostalgie satisfaite ruissellent.

    Le tonnerre gronde. Il pleut finalement à boire debout. Michel tend son pied au-delà de l’abribus pour rincer la feinte sur son soulier. Ses lèvres esquissent le printemps d’un sourire.

    “Bloupe”